Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 10:19






Sur une disparition




Ce matin, l'astre d'or n'a pas daigné se lever
Ainsi, tout le monde s'est retrouvé dans la pénombre
Et je faisais partie du nombre.
Beaucoup trépignaient, se lamentaient, pleuraient,
Imploraient qu'on leur rende la lumière,
La voie,
La vérité,
La vie.
Chacun donnait son avis:
-Avec leurs p..ains d'aérosols, ils ont crevé la couche d'ozone...
Qui s'est retrouvée en troisième zone
Et nous cache Phoebus;
-Peut-être bien qu'il a pris le bus?
-C'est un mage qui l'a occulté?
-Il est certainement occupé,
-Par qui, ses humeurs sont par trop volcaniques!
-Et s'il était entré en irruption?
-Et s'il avait disparu à jamais de la circulation?
-Nous sommes aveugles. Il a dû perdre son orbite;

Et moi, moi je pensais, un peu
"Ne soyons pas si rosses,
Le soleil a bien le droit de se montrer paresseux...
Depuis le temps qu'il bosse!"

Par Kandide Katrin Phocigne, dit Patrick Hard - Publié dans : Vers verts en verre vair
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Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /Déc /2008 19:44

Monsieur Dupont lut et relut la petite annonce avec satisfaction, quoique pris d'un léger pincement au coeur (tout quitter, d'un coup, n'est pas si facile): "Marre de tout? Vous voulez disparaître sans laisser de traces? Nous avons la solution."
Suivaient un numéro de téléphone et une adresse en Suisse.

Comme s'il n'y avait pas déjà suffisamment pensé, Monsieur Dupont se redonna un temps de réflexion.

Puis, soudainement, il se décida.

Marre!

Oui, il en avait marre.

De sa vie étriquée de petit comptable minable, de sa femme acariâtre, de ses gosses fainéants et turbulents.

De ses supérieurs hiérarchiques, de ses inférieurs rachitiques, de se faire ponctionner son argent par tout le monde...

Ras le bol de tout.

Fébrilement, il composa le numéro sur son appareil.

 

Dans son luxueux appartement de Genève, Monsieur Daniel Copperfield David décrocha le combiné à la deuxième sonnerie.

Encore un candidat à l'oubli.

Et encore un Français;

Dédidément, ces gens-là l'horripilait: jamais contents de leur sort.

Après d'âpres transactions (près de leurs sous aussi, pensa amèrement Copperfield) ils convinrent d'une somme de 5000 francs suisses, versables en liquide avant le départ programmé par Monsieur Dupont, départ envisagé pour le surlendemain, le temps de réaliser ses avoirs.

 

De l'Argentine, du Brésil ou de l'Angola proposés comme possibles lieux d'accueil, Monsieur Dupont avait choisi la Pampa et ses grands espaces.
Il fut averti que, sur place, il lui faudrait verser quelques bakchichs aux douaniers et prévoir un bon paquet de centavos, pour acquérir un visa de résident permanent.
A lui de dilapider, par la suite, le reste de ses économies comme bon lui semblerait.

Rendez-vous fut pris pour le jeudi, aux locaux genevoix.

Encore un gogo de ferré, pensa Monsieur Copperfield.
Ce Monsieur Dupont (quel drôle de nom) s'était enfin décidé.
Quoique gogo, se dit le directeur des plans "Partir" n'était pas vraiment le terme approprié.
Jusqu'à présent, jamais un de ses clients passés entre ses mains ne s'était plaint, jamais aucune revendication n'avait été émise. Les prestations s'effectuaient toujours correctement.
Ce que Daniel Copperfield promettait, la maison DCD le tenait, les engagements honorés à la lettre donnant bonne réputation à la boutique.

Daniel songea à son dernier commanditaire, qui avait choisi les Açores. Il y reposait, maintenant.
Dans les fonds abyssaux.
Enrobé d'une lourde chape de béton.

Jeudi, après avoir délesté Monsieur Dupont de sa vie et de son portefeuille, Copperfield brûlerait le corps dans un incinérateur chauffé préalablement à dix-huit cents degrés.
Puis, il disperserait les cendres dans son jardin: vu la modicité des émoluments obtenus, il n'irait pas jusqu'à offrir, comme sépulture, la poussière des bottes des gauchos! Il ne faut tout de même pas exagérer.

Jeudi, comme il le désirait si ardemment, Monsieur Dupont disparaîtrait. Définitivement
En laissant peut-être, seule entaille au contrat, quelques traces.
Infinitésimables.

Par Kandide Katrin Phocigne, dit Patrick Hard - Publié dans : Nouvelle - Communauté : Vive le désordre !
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Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /Déc /2008 19:07

Quand il l'avait vue, tout habillée de cuir noir, Walter Ego s'était juré que, quelque sacrifice qu'il lui en coûtat, elle serait sienne.
Oui, vraiment, il ferait tout pour la posséder...un coup de foudre demeurant sans prix.

Il l'avait déjà rencontrée quelques jours auparavant lors d'un dîner entre amis; elle sut rester effacée, quasi austère, énigmatique jusqu'aux liqueurs. Son silence pesant accentuait sa présence, son mystère fascinait.
Et quand enfin elle s'anima, que de délicatesse, d'ouverture d'esprit, de culture, de malice...Il n'entendait plus qu'elle, ne voyait soudainement que par ses yeuix. Elle lui parlait du monde environnant comme personne auparavant.
C'est bien simple: comme victime d'un envoûtement, il lui trouvait tous les charmes, et pas le moindre défaut.
Définitivement conquis.

Sur le chemin du retour, roulant vitres ouvertes, il dégrisa quelque peu et se dit qu'elle n'était peut-être pas aussi parfaite qu'il s'accordait à le croire: toute rose a ses épines...
*Et voila qu'aujourd'hui il la croisait de nouveau et que, de nouveau, son coeur battait la chamade comme celui d'un collégien pubère se rendant à son premier rendez-vous amoureux...
En homme décidé et sûr de lui, il ne lui fallut pas longtemps pour l'emmener à la maison et l'installer sur un piédestal.

Sa femme eut beau s'élever contre cette intrusion, il ne voulut rien savoir et sacrifia à sa nouvelle conquête, se donnant en totalité;
Négligeant ses affaires de plus en plus souvent (après tout l'usine, SON usine, pouvait bien tourner sans lui), il passa de plus en plus de temps en sa compagnie. Au début quelques heures, puis des journées entières à la contempler, les yeux mi-clos, en silence, religieusement, tandis qu'elle débitait un flot de paroles ininterrompues.
"Je me demande ce qu'il lui trouve de plus que moi", se demandait son épouse dont l'aigreur et la jalousie allaient croissant.

Jusqu'à son propre fils qui se détournait d'elle pour faire les yeux doux à l'Autre, l'Envahisseuse, qui prenait de plus en plus de place.
Finis les déjà rares dialogues, même pantouflards, échangés autrefois au cours du repas, autour de la table;

Quant-à cette commune vénération du père et du fils envers l'objet de leurs flammes, au lieu de les rapprocher, voire de les diviser, elle les rendait indifférents l'un l'autre; ils ne se parlaient plus, ne se voyaient plus, n'existaient que par elle, POUR ELLE.
Les difficultés de cohabitation atteignirent leur paroxysme lorsqu'il décida de lui faire franchir la porte de la chambre conjugale;
"C'en est trop", dit la mère et, demandant le divorce, elle laissa toute latitude à sa rivale victorieuse.
"Ah, les femmes!...pensa le père. Puis, sans remords, il passa ses jours, et désormais ses nuits aux côtés de sa nouvelle maîtresse, se coupant progressivement du monde extérieur tout en le conservant dans ses murs...

 

Quand Walter décéda de mort naturelle, esseulé dans son grand lit vide, quelques années plus tard, le contenu de son testament déposé chez le notaire étonna quelque peu: "moi, Walter Ego, sain de corps et d'esprit lègue tous mes biens à Monsieur Petitécran, réparateur, à charge pour lui de s'occuper à vie de ma plus fidèle compagne: ma télévision."

La famille contesta naturellement cette "captation" d'héritage.

Actuellement, des avocats se battent pour obtenir une jurisprudence signifiant que, dans certains cas, un poste de télévision peut représenter quelque chose de terriblement vivant.

 

 


Par Kandide Katrin Phocigne, dit Patrick Hard
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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 16:06





















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                             Mes amis les mots (extrait de Le bal des fous, tome premier.)




Comme je le disais hier, mes seuls amis, ce sont les mots.
Boulimique de lecture, je dévore tout ce qui passe à portée de mes yeux.
Affirmer que je comprends la totalité de ce que j'ingurgite serait mentir: lire Freud, Kafka ou Nietzsche à douze ans, ce n'est pas une mince affaire! Mais, à tout le moins, j'enrichis mon vocabulaire.
En outre, il m'arrive fréquemment de tremper mes doigts dans un dictionnaire, armé de la patience du pêcheur, et d'éprouver une jouissance comparable à la sienne quand je ferre quelque terme inusité, quelque assemblage savant de lettres inconnu.
Alors je salive, mes babines se retroussent, se délectant déjà du festin à venir, quand j'userai à bon escient de mes nouvelles connaissances. Après les avoir bien disséquées, mastiquées, m'en être abreuvé par dessication. Qu'elles claquent, à l'usage, comme un coup de fouet sec et sans appel.
La cueillette peut s'avérer bonne: trois mots dont je ne soupçonnais pas même l'existence ont mordu à l'hameçon de mes griffes acérées aujourd'hui.
Comment ai-je pu vivre jusqu'alors sans connaître rembûchement, smilax ou encore zwinglianisme? Mon douloureux étonnement ne cède en rein à des regrets rétroactifs, et je mesure soudainement avec humilité le gouffre insondable de mon ignorance, le vide infini qui hante mon jeune crâne. Mais, en ce qui concerne mes dernières découvertes, j'en conviens aisément, il me sera extrèmement difficile de glisser une phrase sur les théories humanistes de Zwingli sous le préau de l'école, pendant la récréation; mes coreligionnaires dissertent plutôt de billes et de calots, de toupies et de voitures de pompiers...

Après avoir presque défailli au contact du nouvel arrivant, apport culturel inestimable, voici que je m’offusque de sa difficulté à se donner en partage, éprouvant une rancœur irrationnelle à son égard.

 

D’autres mots mordent aussi, mais cruellement, jusqu’au sang. Ceux-là, je les connais trop bien, les rencontrant souvent dans les ouvrages compulsés et, parfois, dans mon entourage : pauvreté, faim, solitude, découragement, alcoolisme, inceste, racisme, égoïsme… Chacun est le pendant de l’autre, l’autre engendre l’un. Imbriqués à jamais dans la grande chaîne du mal humain.

Les mots me sont compagnons de chaque instants : ils me bercent le soir de leur musique, m’aidant à m’endormir, se dévoilent sans pudeur dans mes rêves et m’accueillent suavement au réveil.

Tel une maîtresse amourachée je les caresse, les flatte et leur crie mon amour ; je n’existe que par eux. Dans ma bouche, ils prennent une consonance singulière, un goût particulier. Entre nous s’établit une compréhension élargie et mutuelle.

Parfois, pourtant, nos rapports tournent à l’orage : ils me fuient ou se bousculent, s’entrechoquent. C’est à celui qui passera le premier la ligne d’arrivée, et je ne puis saisir qui je désire à l’instant voulu.

Voici qu’un réfractaire m’agace, glisse, m’échappe, jouant malicieusement dans les circonvolutions de mes neurones noués.

Jurant, je voue alors le fâcheux au diable, l’accusant de tous les maux, toutes les bassesses, désespérant devant la page obstinément blanche qui semble me narguer, pour couronner le tout. Me punir de n’être point vêtue de jambages cyrilliques, habillée d’écriture gothique ou d’alphabet savamment mélangé.

Puis, l’inspiration revenue les caractères voltigent, jonglent avant que de se coucher mollement, amadoués, apprivoisés, suintant de mon stylo puis jaillissant clairement comme l’eau fraîche le fait d’une source. Les chapitres succèdent aux paragraphes, les paragraphes aux phrases ; la ponctuation pose ses notes de couleurs. J’éprouve la joie et la satisfaction du nourrisson tétant sa mère, comblant peu à peu une faim quasi inextinguible, maladive. Ce qui explique peut-être que, à l’âge où mes camarades d’école rêvent de devenir plus tard pompiers, gendarmes, aviateurs, cow-boys ou voleurs, j’envisage sérieusement, malgré la difficulté, de vivre de ma plume. Comme un indien peinturluré.

Je finirai soit écrivain, soit écrivaillon : le besoin d’écrire m’est vital, autant que ce souffle qui me fuit.

 

Bien que ne mangeant ni ne mâchant mes mots, je me conduis à leur égard comme un anthropophage, les avalant avec voracité et gourmandise en grande quantité, les tranchant, goûtant leur sel ou leur piquant, puis les régurgitant et les ravalant pour en sentir la véritable saveur, les tenir bien en bouche.

Certains, sans pouvoir expliquer ce phénomène, me séduisent d’emblée même s’ils véhiculent une idée négative. D’autres, au contraire, m’inspirent du dégoût et me donnent envie de vomir, tout aussi irrationnellement ; un sentiment presque atavique de les percer jusqu’au sens secret de leurs non-dits, de leur essence profonde m’envoûte.

Des mots, il en est des bons, des petits, des gros, des grands, des beaux, de toute taille, des fins, des que l’on susurre à l’oreille de l’ami ou de l’aimée, des qui se payent, qui se donnent, qui arrivent soit premiers soit derniers, des mots propres comme des sous neufs, des « pour le dire » et « pour le pire », des qui s’accolent mot à mot.

Bref, en un mot, celui-ci possède une consonance, une texture, une connotation profondément vivante et remplie d’humanité, une existence riche et variée.

Je prends plaisir à partager son intimité, en des rapports fraternels et respectueux de cadet à aîné.

Vous pouvez me traiter d’iconoclaste : voici mon Dieu actuel.





<a href=http://blog.lisabuzz.com>Lisabuzz.com</a> parle de Kandide katrin phocigne : Le Sud Ouest c est fait une veritable spécialité des blogs extraordinaires. Autant dire que <a href='Http://kandide.katrin.phocigne.over-blog.com/' target=blank class='blog'>Kandide katrin phocigne</a> ne déroge pas à la règle, tant Kandide katrin phocigne, à force de posts plus géniaux les uns que les autres, y démontre chaque jour son intelligence redoutable et sa sensibilité supérieure. Un Blog à ne surtout pas manquer.  signé <a href=http://blog.lisabuzz.com> http://blog.lisabuzz.com</a>

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Par Kandide Katrin Phocigne - Publié dans : Court extrait du Bal des fous
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  • Kandide Katrin Phocigne, dit Patrick Hard
  • Le blog de Kandide Katrin Phocigne (N'hoc temps bulles)
  • Homme
  • 10/01/1956
  • épicurien spirituel observateur auto-dérision ecclectique
  • Ex artiste peintre Poète, nouvelliste, écrivain, jongleur de mots. Chercheur en Dieu depuis l'enfance. Ma devise est Servie, et Ecrire je viens de m'apercevoir que j'Aime Ma Femme, et, au travers d'ailes, toutes les femmes.

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